(Re)decouvrez Krzysztof Komeda!

Flagey (Bruxelles)
01/11/12 - 31/12/12
Krzysztof Komeda, 1962-64 © Marek Karewicz Krzysztof Komeda, 1962-64 © Marek Karewicz

Qui est Krzysztof KOMEDA ?
>>> La réponse de Rafał Księżyk, co-auteur de l’autobiographie de Tomasz Stańko, Desperado :

Depuis un demi-siècle, la musique de Krzysztof Komeda est intensément écoutée et jouée dans le monde entier. L'artiste a vécu 38 ans à peine. Un tragique accident l'a surpris au sommet de ses possibilités. Ce qu'il laissa derrière lui suffit pour le considérer comme l'une des personnalités les plus originales de l'histoire du jazz. Il était tout à la fois un moderniste et un romantique élevé à Chopin, il combina des inspirations tirées du modern jazz américain aux traditions polonaises de la musique classique et à la musique de film. A l'intersection de ces chemins, il a atteint un mode d'expression tout à la fois subtil, intensif et unique.

« La modernité n'est pas en contradiction avec la tradition, disait-il. La tradition musicale relue de manière créative, c'est finalement quelque chose de très moderne ». On pourrait utiliser ces mots pour décrire autant sa méthode de compositeur que le phénomène de réception de son œuvre. La richesse des possibilités de Komeda sont parfaitement rendues dans deux de ses œuvres les plus célèbres, la berceuse mélodique de Rosemary's baby intitulée Sleep Safe and Worm, thème qui reste sur les lèvres de tous ceux qui ont vu le film de Roman Polański, et l'album culte Astigmatic qui passe pour un chef-d'œuvre, une référence du jazz européen dans laquelle l'énergie extatique d'un son noir est associé à une forme continentale sophistiquée.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la Pologne se trouvait dans la sphère d'influence de l'Union soviétique, et l'une des conséquences de cet état des choses était l'obligation d'appliquer dans le pays la doctrine du réalisme socialiste, doctrine qui condamnait le jazz. Et jusqu'au « dégel », après la mort de Staline, on jouait cette musique lors de jam sessions illégales dans des maisons privées. En 1956 eut lieu le premier festival de jazz en Pologne, le sextet de Krzysztof Komeda y participa. Identifié à la liberté, à la modernité et à l'ouverture sur le monde, le jazz était alors la musique de l'élite artistique et de la jeune intelligentsia, mais Komeda était le premier leader à vouloir en limiter les exigences, à manifester un tout autre genre de sensibilité. Cette nouvelle sensibilité est parfaitement rendue dans les premiers films, que Komeda avait illustrés de sa musique, de ceux qui sont devenus les plus connus des réalisateurs polonais, Roman Polański, Jerzy Skolimowski et Andrzej Wajda. « Il a donné de la valeur à mes films. Il était très fort », dit plus tard Polański.

Dans les années 1957–1967, Komeda, qui avait quitté sa profession de médecin pour le piano jazz, a donné des concerts et à enregistré des disques dans toute l'Europe. Avec des formations internationales, il a présenté des morceaux complexes, très construits, il a composé de la musique pour le théâtre, le cinéma ou des ballets. Il a aussi écrit pour le réalisateur danois Henning Carlsen. Il a composé la musique de 40 films. Roman Polanski l'a finalement attiré à Los Angeles où, peu après avoir terminé la bande-son de Rosemary's Baby, qui fut nommée aux Grammy, il eut son tragique accident. Il restait en Pologne toute une armée de musiciens issus des groupes de Komeda qui se révélèrent des leaders exceptionnels de leurs propres formations : Michał Urbaniak, Zbigniew Namysłowski et Tomasz Stańko, par exemple. Les générations suivantes de jazzmen polonais considèrent sa musique comme une référence, d'année en année des disques comportant de nouvelles interprétations des compositions de Komeda continuent à sortir.

Le monde entier connait l'école polonaise de jazz initiée par Krzysztof Komeda grâce à Tomasz Stańko. Cet artiste, qui compte aujourd'hui au nombre restreint des meilleurs trompettistes de jazz, a commencé sa carrière en 1961 en tant que musicien du quintet de Komeda dont il fut l'un des piliers jusqu'à la fin. En 1965, ils enregistrent ensemble l'incontournable album Astigmatic. Stańko, qui tire son expression musicale du free jazz, a lié un lyrisme romantique à un son âpre, il a porté l'émotionnalité de l'école polonaise jusqu'à une intensivité jusqu'alors inconnue. En 1997, le trompettiste sortit Litania pour la maison de disque munichoise ECM, un disque consacré à la musique de Krzysztof Komeda. « La musique de Komeda est compacte, elle a clairement une dramaturgie et de belles mélodies, commentait Stanko. Chez Komeda, ce qu’il y a souvent, c’est que tout est construit à partir de passages de ballades typiques, mais que ces blocs sont mis dans un ordre différent, ils sont bizarrement tordus. Et directement, la forme en devient unique. Même lorsque j’entends la berceuse de Rosemary’s Baby, je m’étonne toujours qu’il y a deux rythmes qui sont ajoutés. »

Litania est devenu un bestseller et à éveillé une nouvelle vague d’intérêt pour le compositeur. Il fut même le point central jazzy de cette mode qui mit Komeda à l’honneur parmi les hipsters de la fin du siècle précédent. Des musiciens d’alors revendiquaient son inspiration de lui, ceux du groupe avant pop Stereolab au premier titre. En Suède, un groupe pop s’est donné le nom Komeda en son honneur. Stańko, qui sur Litania avait placé l’un à côté de l’autre des ballades, des motifs filmiques et des formes déstructurées, a souligné l’homogénéité de la musique de Komeda et en a extrait les nuances de sa méthode de composition. Le programme de ce disque hommage est le point de départ du concert « Litania – Music of Krzysztof Komeda ».

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En 2012 :

>>> Tomasz Stańko, concert Litania – La musique de Krzysztof Komeda
Flagey | Studio 4 | 7 décembre | 20h15 | 13 > 25 €
+++ Sur le site de Flagey

>>> Cycle Krzysztof Komeda
Flagey
| Studio 5 | du 1er novembre au 31 décembre
_____A (re)voir : Rosemary’s baby, Le Couteau dans l’eau, Cul-de-Sac et The fearless vampire killers de Roman Polański, Svalt de Henning Carlsen, Au revoir, à demain de Janusz Morgenstern, Charmeurs innocents d’Andrzej Wajda, ainsi que La Barrière et Haut les mains de Jerzy Skolimowski

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