citybooks : Andrzej Stasiuk

Lublin
01/04/12 - 30/04/12
Andrzej Stasiuk a participé au projet citybooks Lublin, initié par nos collègues de DeBuren, l'institut culturel flamand et hollandais.
Stasiuk est peut-être l'un des plus grands noms de la littérature polonaise contemporaine. Ce voyageur, ce citoyen des Carpates, ce déserteur qui a choisi la prison plutôt que l’armée (considérant le service militaire obligatoire comme une répression et l’emprisonnement comme une expérience) est un véritable amoureux de l'Europe centrale et orientale. Son travail d’écrivain et d’éditeur, il le concentre sur le thème du l’identité de l’Europe du centre-est.
Il fut en outre lauréat de nombreux prix (e.a. Prix de la Fondation Kościelski, Prix littéraire d’Arkady Feidler, Prix Nike).

+++ Toutes les informations sur le projet citybooks sont sur le site http://www.city-books.eu

>>> Lire ICI un extrait, traduit en français par Charles Zaremba, de son dernier ouvrage, Dziennik pisany później ("Journal écrit par après").
>>> Plus d'informations sur l'auteur en anglais (site de l'Institut du Livre de Cracovie), en polonais (idem) et en francais (site de Christian Bourgois Editeur)

-------------------------------------------------------------------------------------

A Lublin, Andrzej Stasiuk a raconté à Sylwia Hejno ses promenades dans la rue Zamojska, sa nostalgie pour les villes d’est et les raisons pour lesquelles il est heureux que Lublin ne soit pas devenue la Capitale Européenne de la Culture.

Vous vivez à Lublin depuis presque deux semaines. Qu’est ce-que que voyez derrière la fenêtre ?
Les visages de mon enfance. J’ai grandi dans à Praga, un quartier populaire de Varsovie. Je vois les pauvres, les gens de cinquante ans accablés par la vie. J’ai même aidé une de ces personnes. Elle avait en si pitoyable état que suis allé vers elle en lui demandant si elle avait besoin de que que chose. "Vous avez besoin de quelque chose", j'ai dit. Il m'a dit "Putain, et pas qu'un peu". Je lui ai donné un peu d’argent, il était ravi qu’un ange soit venu frapper à sa porte.

Vous pouvez parfois décrire certaines villes d’une manière brutale...
Et je le fais avec une grande joie. Pour Cracovie par exemple, qui est tellement pleine d’autosatisfaction à cause de son horrible classe moyenne. Ils se comportent comme ceux qui ne sont jamais sortis de chez eux, ils ne savent pas qu’il y a un million de ville comme Cracovie. C'est donc avec un réel plaisir que j'enfonce un bâton dans leur cul au milieu de la bagarre. Cracovie ce n’est que Cracovie, une simple ville d’Europe centrale, aussi sale et pleine de merdes des pigeons que d’autres villes. Lublin n’a pas un ego aussi développé. Elle est plus facile à prendre, à toucher.

Lublin a perdu la bataille pour le titre de Capitale Européenne de la Culture. C’est un bien ou un mal ?
Oh mon Dieu, c’est très bien, on ne vous fera pas honte. Grâce au titre de capitale de la culture, il y aurait eu de l'argent, et on en aurait ressenti les effets. Mais qu'est-ce que cela veut dire finalement, être Capitale européenne de la Culture ? Une fois que les experts et les artistes sont partis, que reste-t-il ? Les mêmes ampoules cassées, les mêmes commerçants du marché juif, ce vieil homme qui marche dans la rue en boitant un peu. Ce sont des questions qui durent tellement peu de temps qu'elles en perdent leur sens. Les fonctionnaires sont font une tape dans le dos, et c'est tout. Il me semble plut ôt qu'au final, on reste seul, qu'on doivent se confronter à notre manque d’européanité, à notre orientalité, à ce qui nous frappe, c'est ça le plus important car cela constitue notre identité. Que Wrocław ait donc ce titre ! Jadis, j’aimais vraiment cette ville pour sa modestie et son caractère bâtard oriental-occidental. Il y a environ cinq ou six ans, elle a complètement changé, comme c'est le cas à Cracovie. On s'est mis à croire que Wrocław est la meilleure ville, que c’était presque Berlin – ils ont même fait installer une fontaine identique.... Cela a monté à la tête des habitants, maintenant tu n'en discuteras plus dans la rue...

Source : Sylwia Hejno, Kurier Lubelski, 3 décembre 2011
>>> retrouvez ICI l'entièreté de l'entretien en polonais

-------------------------------------------------------------------------------------

Waldemar Sulisz discute avec Andrzej Stasiuk (Extraits)

Etes-vous un Varsovie jusqu'au boût des ongles ?
Moi, je viens de la campagne. Mes parents sont venus à Varsovie de leur province. Ma mère est de Mazovie et mon père de Podlésie.

D'où précisément en Podlésie ?

Entre Sokołów et Drohiczyn. Mon père est allé à l'école avec Daniel Olbrychski.

Vous avez passé votre enfance chez vos grands-parents ?
Jusqu'à douze ans, j'ai été éduqué par mes grands-parents en Mazovie. Je suis devenu un homme chez mon grand-père de Podlésie. Les gars qui vivent sur le Boug m'on tout appris.

Vous jouez de percussions ?
Non. Mais j'ai toujours voulu devenir percusionnste. J'ai joué avec des amis qui se faisaient de l'argent en jouant dans la rue. Ils me laissaient quelque fois taper sur leurs tambours. Ils m'ont accepté par pitié.

Qu’est-ce que votre père vous a appris ?
Quelque chose de terriblement important. J’ai eu toujours des problèmes avec mon père. Je m’enfuyais de la maison, je ne voulais pas vivre comme lui, suivre le même chemin. A travers la brume de mes souvenirs, j’ai vu que pendant 50 ans, il est parti travailler tôt au matin, et qu'il est toujours revenu. Quand je suis devenu un adulte, j'ai compris que c'était un vrai mec. C'est pas la mer à boire de voyager dans l'espace, mais ca l'est de revenir tous les jours à la maison, quoi qu'il s'y passe, que ce soit difficile ou que ce soit dur. C'est ça qu'il m'a appris. A être un homme.

Et votre maman ?
Ma maman est comme un oiseau. Elle m'a appris l’art de raconter des histoire. C'est une femme très intelligente.

Aujourd’hui, comment parlez-vous avec votre père ?
Maintenant, c’est lui qui parle sans cesse. Ils sont âgés, ils ont près de quatre-vingts ans. On ne les interrompt pas. Je demande à mon père comment on vivait à la campagne. Mon père soliloque. Mais ma mère discute encore, elle.

Maintenant vous vivez à Wołowiec et vous avez construit votre propre atelier dans un grenier à blé.
C’est une cabane qu'on est venu installer là. J’y passe mon temps. Je dis à ma famille que je vais travailler. Comme mon père. Comme quelque chose te turlupine, tu sors de ta cabane, tu vois le givre sur les arbres, voilà comment on vit. Dans le silence. Tu regardes comment le soleil se lève dans le silence. Mes moutons viennent à moi, une petite cloche sonne à leur cou. Voir cela, c'est comme méditer ou prier. C'est un miracle. C'est tout le temps un miracle.

Vous vivez avec une femme depuis plus de vingt ans. Etes-vous toujours amoureux d’elle ?
Le fait que je suis amoureux d’elle, ce n’est que demi-mal. Mais ce qui est un miracle, ce qu’elle me supporte encore. Qu’est-ce qui est étrange dans le fait d’être avec une seule femme pendant plus de vingt ans ? Pas une seconde, je n'ai pensé que cela en irait autrement. Je sais qu’on vit une époque où les gens vivent ensemble à l'essai, et quand ils ont soixante ans, ils prennent un fille plus jeune et se disent que ça va aller. Et ça ne va pas.
Qu’est-ce qui est important dans la vie ?
La foi, l’espérance et l’amour.

Source : Dziennik Wschodni, le 20 novembre 2011
>>> retrouvez ICI l'entièreté de l'entretien en polonais

-------------------------------------------------------------------------------------

Retrouvez d'autres entretiens avec Andrzej Stasiuk sur le site de citybooks Lublin

-------------------------------------------------------------------------------------

Onze de ses romans sont disponibles en francais :
- Par le fleuve (Przez rzekę), Le Passeur, Nantes, 2000. Traduit par Frédérique Laurent
- Dukla (Dukla), Christian Bourgois Editeur, Paris, 2003. Traduit par Agnieszka Żuk et Laurent Alaux
- Mon Europe (Moja Europa), Noir sur Blanc, Montricher, Suisse, 2004. Traduit par Maryla Laurent
- L’hiver (Zima), Noir sur Blanc, 2006. Traduit par Maryla Laurent
- Contes de Galicie (Opowieści galicyjskie), Christian Bourgois Editeur, Paris, 2004. Traduit par Agnieszka Żuk et Laurent Alaux
- Sur la route de Babadag (Jadąc do Babadag), Christian Bourgois Editeur, Paris, 2007. Traduit par Małgorzata Maliszewska
- Le Corbeau blanc (Biały kruk), Noir sur Blanc, Paris, 2007. Traduit par Agnieszka Żuk et Laurent Alaux
- Les barbares sont arrivés (Noc), Théâtrales, Paris, 2008. Traduit par Zofia Bobowicz
Fado, Christian Bourgois Editeur, Paris, 2009. Traduit par Charles Zaremba
- Neuf (Dziewięć), Christian Bourgois Editeur, Paris, 2009. Traduit par Grażyna Erhard
- Mon Allemagne (Mój Dojczland), Christian Bourgois Éditeur, Paris, 2010. Traduit par Charles Zaremba
- Taksim, Actes Sud, Paris, 2011. Traduit par Charles Zaremba

Liens

FrançaisFrançais NederlandsNederlands EnglishEnglish
 
Newsletter
bruxelles@instytutpolski.org
Isuu