Littérature

citybooks : Witold Szabłowski

Lublin
01/04/12 - 30/04/12

Witold Szabłowski
est né en 1980. Après des études à l'Université de Varsovie, il devint journaliste et reporter à Gazeta Wyborcza. Il a déjà reçu plusieurs prix (Prix Melchior en 2007, Prix Amnesty International en 2008, Prix du Parlement européen en 2010, Prix Beata Pawlak en 2011). Son livre Zabójca z miasta moreli a paru en 2010 aux éditions Czarne >>> Lire ICI un extrait, traduit en français par Maryla Laurent.
Il a passé deux semaines à Lublin dans le cadre du projet citybooks initié par nos collègues de DeBuren, l'institut culturel flamand et hollandais.

>>> le site officiel de citybooks est http://www.city-books.eu 


+++ Plus sur l'auteur : ICI
+++ Découvrez ICI des photos de la soirée qui fut consacrée à Witold Szabłowski le 26 janvier 2012 dans le Café-Librairie « Coopérative » de Lublin.

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 Witold Szabłowski a tenté une expérience inédite : vivre durant six mois dans les conditions de vie de la Pologne communiste. Découvrez les dessous de cette expérience :
Le 22 janvier, Witold Szabłowski s’est connecté à Internet. Cela faisait six mois qu'il vivait en République Populaire de Pologne (PRL). Il y trouva une lettre dans laquelle quelqu’un le menacait de les dénoncer au juge, sa femme et lui, pour maltraitance envers leur enfant. Dans la PRL il n’y avait pas de bananes ; nous avons donc expliqué à notre fille que nous ne mangerions pas de bananes, raconte Szabłowski.
Comment vivait-on du temps de la PRL ? Entretien avec Witold Szabłowski, écrivain et reporter qui prit part au projet citybooks à Lublin.

D’où vous est venue l’idée de passer un semestre à l’époque de la PRL ?
Je voulais essayer le journalisme en immersion, ce qui se fait souvent aux Etats-Unis et en Allemagne, et qui est presque inconnu en Pologne. J’avais déjà fait une expérience similaire en travaillant deux semaines dans un supermarché Tesco en Grande-Bretagne, mais j’avais constamment le sentiment ne pas rentrer dans le sujet, de rester à la surface.

Comment vous êtes-vous préparés à ce voyage en PRL ?
Nous avons dû réunir des vêtements datant la PRL, des jouets de cette période, des casseroles. Nous en avons trouvé chez nos amis. Il s'est avéré que durant la PRL nombreux furent ceux qui avaient le symdrôme du hamster. Quand quelque chose apparaîssait dans un magasin, on en achetait cinq exemplaires, et aujourd'hui encore les greniers débordent de ces stocks. Les parents d'une amie de fac avaient hérité de la maison d'un parent, elle était remplie de choses du temps de la PRL. Nous avons pu emporter quelques sacs. J'y ai trouvé par exemple un super rasoir fabriqué en RDA. Nous avons stocké du matériel pendant un an. Nous avons été très précis, même les sous-vêtements étaient d'époque.

Vous avez commencé votre expérience le 22 juillet ?
Nous avons emménagé le 15 juillet dans un appartement que nous avions loué, mais le temps que nous rangions tous les objets dans les armoires, que nous aménagions la cuisine et que nous débranchions internet, quelques jours ont passé. Finalement, nous avons commencé notre vie dans la PRL à une date importante pour la ville de Lublin [l'Armée Rouge entra dans le Lublin le 22 juillet 1944, ce qui signifiait la défaite des Nazis, mais également le début de la domination soviétique sur la Pologne – NdT].

Qu’ont dit les voisins de votre emménagement ?
Nous nous sommes installés à Ursynów, dans un quartier surnommé Falkland par les habitants. Nous avions décidé de ne pas informer les voisins que nous participions à une expérience concrète. Moi, je me suis laissé pousser la moustache, ma femme s’est fait faire une permanente, et nous avons commencé notre nouvelle vie. Les réactions furent mitigées. Dans les magasins, on nous prenait automatiquement pour des voleurs potentiels. Quelques fois, je me suis rendu compte que le gardien me suivait, ce qui ne m'était jamais arrivé quand je portais des fringues capitalistes. Ma femme a connu des situations pareilles elle aussi. 

Y a-t-il eu des réactions positives ?
Grâce à notre Fiat 126 jaune de 1985. Les voisins ont commencé à nous raconter leurs souvenirs. "Oh, vous avez une maluch (c'est le nom donné en Pologne à ce modèle de voiture), moi aussi j'en avais une quand j'ai rencontré ma femme." Visiblement, les gens ont une grande envie de parler de la PRL, pour beaucoup c'était le temps béni de la jeunesse.

Préparer le repas était toute une affaire, non ?
En matière de nutrition, nous avons fait appel à Błażej Brzostek, un expert en la matière qui a écrit un livre intitulé "La PRL dans l'assiette". Il nous a dressé une liste de produit de la qualité de ceux qu'on trouvait à l'époque. Il s'est avéré qu'aujourd'hui encore on peut trouver des articles en faux chocolat. Nous achetions de la saucisse comme on en trouvait à l'époque, nous mangions de la mortadelle panée, et non des cotelettes de porc. Nous avons commencé à mettre en place une filière qui nous permettait de faire venir des produits de la campagne, ce qui se faisait régulièrement à l'époque. Il nous est soudain apparu que nous mangions mieux que dans le capitalisme.

Pourquoi ?
Ma belle-mère qui habite Sejny [à la frontière de la Lituanie – NdT] s'est arrangé avec les bonnes personnes, et nous avons commencé à manger du poulet fermier ou de la viande de porc fraîche. C'était plus sain, plus économique, et ça avait un bien meilleur goût que ce nous avions l'habitude d'acheter dans le capitalisme.

C'est quoi cette histoire de bananes ?
Tant que ma fille de deux ans n'en voyait pas, ca allait. Mais une fois qu'elle en a vu, elle à commencé à nous poursuivre avec des "je veux une banane". Nous lui avons expliqué que du temps de la PRL, il n'y en avait pas.

(...)

Ca n'a pas été trop difficile, six mois sans Internet ?
Professionnellement oui, c’était difficile. Mais j’ai le sentiment que même si c'est né dans la douleur, ce que j'ai écrit valait le coup. Au lieu de me baser sur ce que je peux trouver sur Google, je devais téléphoner à des experts, chercher un livre à la bibliothèque, aller aux archives.

Comment prenez-vous cette expérience ? Comme un jeu, ou plus que ça ?
Notre projet était un jeu en quelque sorte. Il est bien évident que trois personnes ne peuvent pas reproduire seuls la PRL si les gens qui les entourent vivent dans le capitalisme. Notre projet avait vraiment pour but de décrire le capitalisme. Nous avons fait un saut de trente ans en arrière pour prendre une perspective différente.

Différente dans quelle sens ?
Différente de la courageuse perspective du syndicat Solidarność qui se battait contre les méchants communistes. Ou différente d'une perspective à la Bareja, selon laquelle on s'amusait, tout le monde avait le sourire du du matin au soir. Aucune de ces perspectives n’est entièrement vraie.

Qu’est-ce que nous oublions ?
Les 35 millions de personnes qui vivaient différemment à l’époque de la PRL. Ils n’étaient pas héros et ce qu'ils vivaient n'était pas pour rire. Ils vivaient, ils faisaient leurs courses, les enfants venaient au monde, ils allaient au travail.

(...)

Ce texte a été publié précédemment dans DZIENNIK WSCHODNI
[traduit du polonais par Jeremy Lambert]

>>> Retrouver cet entretien sur le site de citybooks Lublin en suivant ce lien.
>>> En savoir plus sur le site de Gazeta Wyborcza (en polonais) >>> La video en vaut vraiment la peine ! :)

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